Les Autochtones en Floride ne veulent pas de l’« Alcatraz des alligators »
Les Seminole et les Miccosukke de la Floride redoutent les répercussions de la construction d’une prison pour migrants sans-papiers au cœur de leur territoire ancestral. On trouve une quinzaine de villages traditionnels dans la réserve nationale de Big Cypress, dans le sud de la Floride, où l’administration Trump a construit en un temps record un nouveau centre de détention surnommé Plusieurs de ces collectivités ne se trouvent qu’à quelques kilomètres à vol d'oiseau de la réserve naturelle, souligne le secrétaire des Miccosukee, William Osceola. Près de 500 membres de la communauté habitent le territoire, et il y en aurait bien plus s’il n’était pas si difficile de bâtir sur ces terres marécageuses, explique-t-il au téléphone. À proximité du centre de détention se trouvent notamment deux terrains cérémoniels et un campement où William Osceola avait l’habitude d’amener ses élèves, lorsqu’il enseignait, pour leur apprendre la pêche au harpon. S'étendant sur plus de 729 000 acres (un peu moins de 3000 km2), la réserve nationale abrite une faune diversifiée, dont la panthère de Floride, une espèce menacée. Les tentes et les roulottes ont été installées sur le tarmac de l'ancien aéroport. Photo : Reuters / Marco Bello Les installations de détention, de grandes tentes et des bâtiments modulaires, occupent le site d’un aéroport désaffecté, utilisé pour l'entraînement des pilotes. Les deux communautés s’opposent à la prison, tout comme elles se sont opposées à l’aéroport, une bataille remportée, en partie, dans les années 1970. Marcellus Osceola Jr., chairman (chef) des Séminoles de Floride, qui compte plus de 4000 membres, a déclaré que l’organisation soutenait ses membres qui protestaient contre la construction sur un site Des centaines de personnes manifestent depuis plusieurs jours aux abords du site. Camp de chasse traditionnel au musée Ah-Tah-Thi-Ki, dans la collectivité séminole de Big Cypress, en Floride. Photo : Getty Images / ZAK BENNETT Tout développement sur le site de l'aéroport causerait des dommages irréversibles à la fois au peuple séminole et à notre environnement. Les Séminoles d’Oklahoma, le plus grand gouvernement séminole reconnu par le fédéral, appuient cette prise de position. La communauté est originaire de Floride, et bien que forcée à l’exil au 19e siècle, elle garde un lien très fort avec son territoire ancestral. Ces terres ne sont pas des étendues de nature sauvage vides ni de simples toiles de fond pour des décisions politiques : ce sont des terres vivantes et qui respirent, profondément liées à l’identité culturelle, spirituelle et historique des peuples Miccosukee et Séminoles de Floride. La réserve nationale de Big Cypress. Photo : Getty Images / ZAK BENNETT Les organisations écologistes Friends of the Everglades (les amis des Everglades) et le Centre pour la biodiversité ont déposé une poursuite contre le département de la Sécurité intérieure, le Service de l'immigration et des douanes, la Division de la gestion des urgences de Floride et le comté de Miami-Dade. Le projet de centre de détention n'a fait l'objet d'aucune évaluation environnementale comme l'exige la loi fédérale, et le public n'a pas eu l'occasion de commenter, argumentent-ils. Le gouverneur républicain de Floride, Ron DeSantis, a invoqué les pouvoirs d'urgence pour saisir les terrains de l’aéroport, outrepassant ainsi l'approbation du comté de Miami-Dade, où il est situé. Les Autochtones, pour le moment, n’envisagent pas de poursuites. Ils veulent s’assurer que le dossier est solide avant d’attaquer le gouvernement, explique William Osceola.l'Alcatraz des alligators
.Mais même si on n’y vit pas, on utilise la terre à toutes sortes de fins, traditionnelles et coutumières
, ajoute-t-il. Les Miccosukee utilisent notamment le bois pour la construction d'abris traditionnels (les chickees) ou récoltent des plantes et chassent des animaux pour leur consommation personnelle.Ils ont déjà installé une barrière
, observe M. Osceola. [On ne peut plus se rendre] là où on allait chercher des feuilles pour bâtir nos huttes traditionnelles et des plantes médicinales. C'est un petit bout de notre histoire qui n'est plus accessible.
Une terre sacrée

qu'ils considèrent comme une terre sacrée et essentielle à l'écosystème des Everglades de Floride
.Leur opposition est fondée sur la nécessité de protéger et de préserver les Everglades, ainsi que la culture séminole et notre mode de vie
, a ajouté le leader Osceola, dans une déclaration datée du 2 juillet.
J'ai sincèrement l'intention d'être solidaire des efforts [du chef des Séminoles de Floride] pour sauvegarder cette zone importante, reconnaissant sa profonde signification culturelle et l'impératif de la préserver pour les générations futures
, a écrit le chef des Séminoles d’Oklahoma, Lewis J. Johnson, dans un communiqué.Un devoir civique
C'est notre devoir civique de protéger l'environnement
, souligne William J. Osceola, des Miccosukee. Si nous sommes en vie aujourd'hui, c'est uniquement parce que la terre a offert un refuge et une sécurité à notre peuple pendant les guerres séminoles [au 19e siècle]. Nous devons donc la préserver.

Nous examinons toutes les options
, ajoute-t-il. En ce qui concerne les manifestants, ils ne les encouragent pas, mais ne les empêcheront pas non plus. Nous n’allons pas restreindre la liberté d’expression de nos membres
, a déclaré M. Osceola.
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